Le camembert de Normandie, considéré par certains comme un monument de la gastronomie française, va bénéficier de critères de production renforcés qui doivent redorer son blason après des mois de conflit ouvert entre fabricants.
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Les fabricants de camembert et l’organisme public de gestion des appellations d’origine ont annoncé mercredi soir à Paris une révision du cahier des charges pour l’obtention du label «Camembert de Normandie», saluée par les fabricants artisanaux.
Cette évolution confirme l’utilisation exclusive de lait cru comme règle essentielle de fabrication, un critère contesté pour des raisons sanitaires par les poids lourds de la filière, les groupes Lactalis et Isigny-Sainte-Mère, qui pèsent à eux deux plus de 80% de la production de camembert d’appellation d’origine contrôlée (AOC).
Selon ces nouvelles règles, le lait devra provenir d’une aire géographique réduite de moitié par rapport à la situation précédente, et limitée aux seuls espaces herbagers et bocagers de Normandie.
Les élevages laitiers devront avoir au moins une vache sur deux de race normande. Leur alimentation devra être assurée pendant au moins six mois par le pâturage, et par la mise à disposition de foin le reste du temps.
L’appellation «Camembert de Normandie» n’avait auparavant aucune condition de production sur le lait.
Le «comité de défense du véritable camembert», créé par des passionnés en avril 2007, a salué «une avancée indéniable». Elle affirme avoir reçu 21 000 messages de soutien depuis un an, dont un tiers de l’étranger, notamment des pays anglo-saxons.
La «guerre du camembert» avait éclaté en mars 2007 lorsque Lactalis et Isigny-Sainte-Mère avaient annoncé l’abandon de l’appellation pour certains de leurs produits après avoir échoué à obtenir l’abandon du lait cru.
Pour les amateurs, le camembert au lait cru se distingue par son goût et son moelleux -voire sa pâte coulante- face à ses concurrents au lait pasteurisé. Mais cette fabrication traditionnelle est plus onéreuse car elle implique de nombreux contrôles pour éviter l’apparition de germes pathogènes comme la listeria.
Le camembert de Normandie est un fromage français originaire de Normandie, bénéficiant d’une AOS depuis 1983. Il doit son nom au village de Camembert, dans l’Orne. C’est un des emblèmes gastronomiques de la France.
C’est un fromage à base de lait de vache cru, à pâte molle à croûte fleurie, de couleur blanche et de forme ronde, pesant 250 grammes et nécessitant deux litres de lait pour sa fabrication. Il est obligatoirement commercialisé dans une boîte en bois.
Le procédé de fabrication du camembert de Normandie est très traditionnel : le fromage doit être déposé dans des moules avec une louche, il faut un minimum de cinq louches pour faire un camembert, et chaque passage de la louche doit être séparé de 40 minutes pour assurer un égouttage maximum. Cependant plusieurs fabricants ont robotisé le moulage à la louche. Son diamètre maximal est de 11 centimètres.
Il existe aujourd’hui dix ateliers de fabrication de camembert de Normandie AOC, tous situés dans la région Basse-Normandie en France.
Il ne faut pas confondre le camembert de Normandie avec le camembert fabriqué en Normandie. Le premier est une AOC (appellation d’origine contrôlée) depuis 1983, qui respecte un cahier des charges strict alors que le deuxième n’est soumis à aucune règle, mis à part son lieu de fabrication.
La coopérative d’Isigny et le groupe Lactalis, qui représentaient 80 à 90% des camemberts de Normandie, ont renoncé courant 2007 à leur AOC suite à l’actuel refus de l’INAO de modifier le cahier des charges pour permettre l’utilisation de lait thermisé. Ces groupes alimentaires continuent de réclamer ce changement au nom de la sécurité sanitaire et afin de réduire les coûts de productions. Pourtant les risques sanitaires sont « statistiquement infimes ».
Fin février 2008, l’Association de défense et de gestion du camembert de Normandie a voté à plus de 55% en faveur du maintien du lait cru obligatoire pour la fabrication du camembert AOC. Elle déboute ainsi définitivement les groupes industriels de leur demande d’assouplissement du
cahier des charges pour l’obtention de l’AOC.
Ces quelques marques bénéficient de l’AOC : Réo (fromagerie du Val d’Ay, établissements Réaux, Lessay, Manche), Jort (Bernières-d’Ailly, Calvados), Moulin de Carel (Saint-Pierre-sur-Dives, Calvados), Gillot (Sain-Hilaire-de-Briouze, Orne), Et le camembert de Camembert est le dernier fromage FERMIER AOC fabriqué à Camembert par françois Durand.(Camembert, Orne)
Il doit répondre à des critères bien précis, du lieu au mode de fabrication. Ainsi, la zone de production concernée est limitée aux seuls départements du Calvados, de l’Eure, de la Manche, de l’Orne et de la Seine- Maritime. Sa fabrication doit aussi respecter "les usages locaux et constants". Il est de tradition que 3 semaines sont nécessaires pour faire LE camembert :
J 1 : le bon lait cru des vaches normandes est collecté, analysé, trié avant d’être en partie écrémé puis mis à maturation dans une pièce chauffée afin que les ferments lactiques se développent.
J 2 : dans le lait chauffé (jamais à plus de 37°C) on ajoute de la présure, une enzyme qui fait cailler le lait ; c’est l’emprésurage. A la suite de ce brassage, on le laisse au repos pour qu’il durcisse. On peut alors procéder au moulage. Il faut 2 litres de lait pour faire un camembert, c’est-à-dire cinq louches. A ce stade, il fait environ 30°C, température qui favorise l’égouttage. Cette étape importante dure une journée. On égalise la surface en début d’opération : c’est le rabattage. A la fin de la journée on procède au retournement des fromages.
J 3 : c’est l’heure du démoulage après quoi, les fromages sont "taillés" (on enlève la rognure à la base du moule). Il est prêt pour le salage. Saupoudré sur toutes les faces, le sel ne représente au final que 2 % du produit fini. C’est à ce stade que l’on ajoute la bactérie penicillium candidum, qui permet l’affinage et lui donne sa texture crémeuse. Il reste 24h dans le saloir où la température est de 18/20°C.
J 4 : il part en séjour plus ou moins long selon la saison dans le hâloir (10/14°C) pour s’affiner sur des claies. Au huitième jour, il est consciencieusement retourné.
12 jours plus tard : on retrouve notre camembert, ses 11 cm de diamètre, ses 3 cm d’épaisseur, avec une croûte de joli duvet blanc. C’est la touche finale, l’emballage. On le met dans sa boîte en peuplier, qui lui permet de continuer à s’affiner. L’assaut des marchés peut commencer.
Qu’est-ce que le lait cru ? Un lait qui n’a pas été chauffé à plus de 37°C, qui n’a subi aucune pasteurisation tout simplement. Et pourtant cela suffit à faire la différence. Les ferments lactiques sont naturellement présents dans le lait cru. Et ce sont eux qui se développent, fermentent et donnent cette texture et ce caractère si différent d’un fromage à l’autre. Afin de pallier à ce manque, les camemberts pasteurisés sont ensemencés très régulièrement lors de leur affinage. On comprend mieux pourquoi leur goût est si lisse et si uniforme.
Voilà ce bon et valeureux fromage plus libre que jamais, au grand plaisir des gastronomes.
Bien à vous,
























































































































































